
Portrait d'artiste · 10 min de lecture · Équipe Kuriosis Studio, Berlin · Avril 2026
Émile-Allain Séguy a produit certaines des œuvres décoratives les plus affirmées du début du vingtième siècle — recueils de motifs floraux, planches de papillons et d'insectes, études textiles — réalisées grâce à une technique d'impression au pochoir qui produit des couleurs qu'aucune méthode moderne n'a encore su reproduire fidèlement. Il a fait le lien entre l'Art nouveau et l'Art déco, influencé le design textile et le papier peint à travers toute l'Europe, et ses œuvres sont aujourd'hui conservées au Metropolitan Museum, au Cooper Hewitt et à la Bibliothèque nationale de France. Ce guide du collectionneur couvre sa biographie, ses onze portfolios, la technique du pochoir qui définit son travail, et comment choisir la bonne estampe de Séguy pour orner un mur.
Qui était Émile-Allain Séguy ?
Séguy (1877–1951) était un designer et illustrateur français qui travaillait à Paris depuis le tournant du siècle jusqu'au début des années 1930. Sa formation s'inscrit à la croisée de l'observation scientifique et du design décoratif — une double approche qui traverse chacun de ses onze grands portfolios. Le Metropolitan Museum of Art le confirme comme français, avec les dates 1877–1951, même si les sources biographiques restent peu nombreuses et que certains bibliothécaires spécialisés soulignent que ces dates exactes sont encore discutées.
Une précision s'impose d'emblée : Émile-Allain Séguy n'est pas Eugène Séguy. Les deux sont régulièrement confondus, même dans la littérature scientifique. Eugène Séguy (1890–1985) était diptériste — spécialiste des mouches — il a fondé la section Diptera au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et y a occupé la chaire d'entomologie de 1956 à 1960. Il illustrait ses propres articles scientifiques avec une précision anatomique, ce qui est à l'origine de la confusion. Émile-Allain, lui, est l'artiste décorateur. Ce sont deux personnes distinctes.
Les onze portfolios
La carrière de Séguy suit une trajectoire cohérente : il observe la nature, l'abstrait en ornement, et publie le résultat sous forme de portfolio de planches au pochoir. Sa première grande œuvre, Les Fleurs et leurs Applications Décoratives, est publiée à Paris chez A. Calavas en 1902 — 30 planches de cinéraires, lis, ombellifères et autres espèces, traitées à la fois comme étude botanique et comme adaptation décorative. Ce format en deux volets — planche scientifique d'un côté, application ornementale de l'autre — constitue le geste fondateur de sa carrière. Le Met en conserve un exemplaire complet (accession 1976.581), acquis avec le soutien de la Leon Lowenstein Foundation.
L'œuvre de maturité arrive dans les années 1920, au sommet de l'Art déco. Samarkande (vers 1914–1920, 20 planches dans le style oriental) introduit la palette aux tons de joaillerie pour laquelle Séguy est le plus connu. Suggestions pour Étoffes et Tapis (1923, publié par Massin & Cie) applique la même logique colorée au design textile et aux tapis. Floréal : Dessins et Coloris Nouveaux (vers 1925) présente des motifs floraux comme des motifs répétitifs pleinement aboutis — 20 planches, imprimées au pochoir sur une feuille de 53 cm, aujourd'hui conservées aux Collections spéciales du RISD.
Viennent ensuite les œuvres entomologiques. Papillons (vers 1925) — le titre complet se traduit par « Vingt planches en phototypie coloriées au pochoir donnant 81 papillons et 16 compositions décoratives » — est sans doute le portfolio de Séguy le plus largement reproduit. Insectes (vers 1929) étend cette approche aux coléoptères et autres espèces. Prismes (1931, 40 planches) est sa dernière grande œuvre et la plus ouvertement Art déco — géométrique, saturée, résolument moderne. À travers ses onze portfolios, Séguy passe avec une aisance rare des planches botaniques Art nouveau aux compositions géométriques Art déco tardif.
Le pochoir — pourquoi la couleur est différente
Les portfolios de Séguy étaient imprimés au pochoir — une technique d'impression manuelle au stencil qui a fleuri en France de 1900 à 1935 environ. Le principe : une aquarelle ou une gouache originale est décomposée en ses couleurs constitutives. Un stencil est ensuite découpé pour chaque zone de couleur, en cuivre, zinc, carton huilé ou celluloïd. La couleur est appliquée à travers chaque stencil successivement, l'un après l'autre, avec un pinceau souple ou un pompon en coton. Une seule planche de Séguy pouvait nécessiter jusqu'à 100 stencils distincts.
Parce que le pigment est posé directement plutôt que transféré depuis une plaque ou un rouleau, la couleur repose à plat, opaque et saturée sur la feuille, d'une façon que la reproduction photographique ou offset peine encore à égaler. Turquoise profond à côté de terre de Sienne brûlée. Émeraude à côté de violet. Corail superposé sur noir. Chaque planche est une leçon en matière d'assurance colorée, et chaque tirage était fini à la main et validé par l'atelier avant de quitter le studio, selon les Collections spéciales Walter Havighurst de Miami University, qui détient l'une des principales collections américaines de l'œuvre de Séguy.
Ce qui fait la valeur de Séguy pour les collectionneurs
Rareté technique
Le pochoir a presque disparu après les années 1930. Chaque planche originale de Séguy représente un travail manuel d'une ampleur qu'aucune impression commerciale n'a reproduite — jusqu'à 100 stencils par image, chaque couleur appliquée individuellement.
Présence muséale
Metropolitan Museum (New York), Cooper Hewitt Smithsonian Design Museum, Bibliothèque nationale de France, Collections spéciales du RISD, Cleveland Museum of Art. Les collections institutionnelles confirment son importance dans l'histoire du design.
Influence industrielle
Le Cooper Hewitt conserve un papier peint mural Isidore Leroy de 1929–30 dessiné par Séguy — preuve directe que ses motifs sont passés du portfolio à la production industrielle, influençant l'aspect des intérieurs français à la fin des années 1920.
Étendue stylistique
Peu de designers ont travaillé avec une égale maîtrise en Art nouveau et en Art déco. Les Fleurs de 1902 et Prismes de 1931 représentent les deux extrémités d'un glissement de trois décennies — une portée rare pour une seule carrière.
« Un artiste prolifique dont la carrière a couvert à la fois les périodes Art nouveau et Art déco — l'un des premiers designers français du début du vingtième siècle. »
— Collections spéciales du RISD à propos du portfolio Floréal de Séguy
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La lignée Grasset — Verneuil — Séguy
Séguy ne travaillait pas en vase clos. Son œuvre de 1902 Les Fleurs s'inscrit directement dans la lignée de Eugène Grasset et de sa La Plante et ses Applications Ornementales (1896) — la pédagogie fondatrice « observer la nature, en extraire l'ornement » qui a défini l'enseignement du design Art nouveau en France. Maurice Pillard Verneuil, élève de Grasset, a publié Étude de la Plante en 1903 puis L'Ornementation par le Pochoir, ce qui fait de lui le cousin stylistique le plus proche de Séguy. George Barbier évoluait dans le même écosystème parisien du pochoir, mais dans un registre différent — l'illustration de mode pour la Gazette du Bon Ton. Séguy, lui, est resté dans la tradition du « recueil de motifs pour l'industrie ». Les trois partageaient imprimeurs, collectionneurs et le même petit cercle d'éditeurs comme A. Calavas et Massin & Cie.
Comment mettre en valeur les estampes de Séguy
Les designs de Séguy sont complexes et riches en couleurs. Le papier beaux-arts est le premier choix naturel — la surface mate restitue chaque détail de son travail au pochoir sans reflet ni distorsion, et le rendu mat respecte la technique d'impression originale. Les motifs floraux de Floréal et de Samarkande sont particulièrement beaux dans des cadres en chêne, qui s'accordent avec les tons chauds qui parcourent sa palette. Les cadres noirs conviennent mieux aux planches de papillons plus graphiques et symétriques.
Les associations fonctionnent bien parce que l'approche colorée de Séguy est très cohérente. Un motif floral de Floréal à côté d'une planche de papillons, ou deux planches de papillons côte à côte, crée un ensemble harmonieux dans une salle à manger ou un couloir sans que les pièces doivent se correspondre littéralement. Dans une cuisine, une seule grande planche accrochée au-dessus d'un plan de travail a beaucoup d'impact. Pour une entrée, un trio vertical de planches espacées régulièrement donne un vrai rythme à ce format étroit.
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Pourquoi des estampes beaux-arts ? L'approche Kuriosis
Chaque estampe de Séguy que nous vendons est produite dans notre studio berlinois avec des encres pigmentaires d'archivage certifiées pour une stabilité des couleurs de cent ans. Reproduire la couleur plate et saturée du pochoir est le défi spécifique que nous relevons — nous nous calibrons sur des planches de référence muséales, et non sur des profils colorimétriques génériques.
Sources & lectures complémentaires
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